Il y a quelques années encore, s’intéresser au daguerréotype, au collodion humide ou au cyanotype relevait d’une curiosité un peu confidentielle. Aujourd’hui, ces procédés photographiques nés entre 1839 et la Première Guerre mondiale sont au cœur d’un mouvement artistique profond, soutenu par les institutions, les galeries et les grandes foires internationales. Les dernières édition de Paris Photo, d’A pp roche ou de Art Paris en ont été une démonstration éclatante.
Mais que se passe-t-il vraiment ? Pourquoi autant d’artistes contemporains se tournent-ils vers des techniques vieilles de plus d’un siècle ? Et surtout : qu’est-ce que cela change pour vous, photographe ou artiste d’aujourd’hui ?
Un retour aux sources qui n’a rien de nostalgique
Comme le souligne l’historien de l’art, Michel Poivert, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne dans son ouvrage Contre-culture dans la photographie contemporaine (éd. Textuel, 2022) : les techniques anciennes ne sont plus de simples moyens de production ou de diffusion d’une image. Elles sont devenues une attitude culturelle. La réactivation des technologies du passé est une manière de redonner vie à la photographie dans un nouveau régime où l’image se trouve à égalité avec le médium lui-même.
Ce n’est donc pas une mode passéiste. C’est une rébellion esthétique et conceptuelle face à la saturation des images numériques, à leur immédiateté, à leur reproductibilité infinie. Manipuler la lumière à la main, couler du collodion sur une plaque de verre, attendre que la chimie opère : tout cela remet le corps, le geste et le temps au centre du processus créatif.
Une tendance portée par les plus grandes institutions
L’article d’enquête publié par L’Œil Spécial Photo (novembre 2022, par Christine Coste) dresse un panorama saisissant de cette tendance. On y retrouve des artistes comme Mustapha Azeroual, Anaïs Boudot, Laurent Millet, Liz Nielsen, Fabiola Menchelli, Thomas Ruff ou encore Daisuke Yokota, tous travaillant à la réactivation de procédés anciens — photogramme, cyanotype, collodion humide, gomme bichromatée — combinés à des recherches et des matériaux actuels.
Paris Photo, PhotoSaintGermain, le Centre Pompidou (avec l’exposition Qu’est-ce que la photographie ? en 2015), le Frac Normandie : partout, ces pratiques expérimentales s’imposent. Comme le rappelle Clément Chéroux dans le catalogue de cette exposition, la réémergence du questionnement ontologique en photographie est directement liée à l’entrée dans l’ère numérique.
Le collodion humide au cœur de la démarche artistique contemporaine
Parmi tous ces procédés, le collodion humide occupe une place à part. Inventé en 1851 par Frederick Scott Archer, il exige une maîtrise chimique et gestuelle rare. On verse une solution de collodion iodé sur une plaque de verre ou de métal, on la sensibilise au nitrate d’argent, on expose, on développe — le tout en moins de dix minutes, avant que la plaque ne sèche. Chaque image est unique, irréproductible, matériellement présente.
C’est précisément cette dimension physique, aléatoire et vivante qui séduit les artistes contemporains. Le collodion humide ne reproduit pas le réel : il l’interprète chimiquement, en laissant des traces de lumière, de temps et d’intention.
La pratique de Mélanie-Jane Frey : entre maîtrise du procédé et exploration expérimentale
Au Studio Ambrotype & Co., c’est Mélanie-Jane Frey qui incarne cette double ambition : transmettre la rigueur technique du collodion humide tout en ouvrant la voie à une pratique expérimentale et personnelle.
Depuis des années, Mélanie-Jane explore les limites du procédé — sur verre (ambrotypes), sur métal (ferrotypes), mais aussi sur des supports inattendus, en jouant avec les émulsions, les virages, les effets de matière. Son approche pédagogique repose sur une conviction simple : comprendre comment les choses fonctionnent permet de les déconstruire librement. C’est exactement ce que les artistes les plus exigeants d’aujourd’hui cherchent à faire.
Sa pratique s’inscrit pleinement dans le mouvement décrit par L’Œil : celui d’une photographie qui se définit par son matériau, ses principes optiques ou chimiques, davantage que par la captation de l’instant ou le point de vue.
« S’agit-il d’une mode ou d’une rébellion ? D’une avant-garde ou d’un manérisme ? » — Michel Poivert, historien de l’art, université Paris 1, cité dans L’Œil Spécial Photo, novembre 2022.

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Le Studio Ambrotype & Co. propose des formations professionnelles destinées aux photographes, artistes-auteurs et créatifs qui souhaitent s’approprier ces techniques avec sérieux et ambition. Toutes nos formations sont certifiées Qualiopi et référencées à l’AFDAS — financement possible à 100 % pour les auteurs et artistes affiliés.
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Sources
Christine Coste, « En photo, faire du neuf avec de l’ancien », L’Œil Spécial Photo, novembre 2022, pp. 22–27.
Michel Poivert, Contre-culture dans la photographie contemporaine, éd. Textuel, 2022, 304 p.
Clément Chéroux & Karolina Ziebinska-Lewandowska, Qu’est-ce que la photographie ?, Centre Pompidou / Xavier Barral, 180 p.
N. Giraudeau, A. Illouz, K. Schönegg, V. Souben, E. Verhagen, La Photographie à l’épreuve de l’abstraction, Hatje Cantz, 224 p.

