Le 2 mai 2026, le monde entier verse du collodion

Affiche du Wet Plate Day : portrait au collodion humide d'une femme aux yeux bandés, mains levées près du visage, surmonté du logo et de la date du 2 mai

World Wet Plate Day, 17ᵉ édi­tion — petite his­toire d’une fra­ter­ni­té qui tra­verse les siècles.

Chaque pre­mier same­di de mai, un peu par­tout dans le monde, des pho­to­graphes rouvrent leurs fla­cons d’é­ther, véri­fient la fraî­cheur de leur bain de nitrate d’argent, allument la lumière inac­ti­nique de leur chambre noire. Le 2 mai 2026, ils seront à nou­veau quelques mil­liers à célé­brer, ensemble, le pro­cé­dé qui a don­né à la pho­to­gra­phie son pre­mier visage stable : le col­lo­dion humide. C’est le World Wet Plate Day.

D’où vient cette journée ?

Tout part d’un homme presque oublié : Fre­de­rick Scott Archer (1813–1857), sculp­teur anglais deve­nu pho­to­graphe. En mars 1851, il publie dans la revue The Che­mist un pro­cé­dé qui va bou­le­ver­ser la pho­to­gra­phie nais­sante : le col­lo­dion humide. Il com­bine la finesse du daguer­réo­type et la repro­duc­ti­bi­li­té du calo­type, divise les temps de pose, démo­cra­tise la pho­to­gra­phie de por­trait — et il refuse de le bre­ve­ter. Archer offre son inven­tion au monde.

Ce geste lui coûte tout. Il meurt en 1857, à 44 ans, dans le dénue­ment, lais­sant une veuve et des enfants sans res­sources. Il est enter­ré au cime­tière de Ken­sal Green à Londres, sans pierre digne de ce nom. Pen­dant plus d’un siècle et demi, son nom reste à peine mur­mu­ré dans les manuels d’his­toire de la pho­to­gra­phie, alors que tout l’âge d’or de la pho­to­gra­phie vic­to­rienne — Julia Mar­ga­ret Came­ron, Roger Fen­ton, les frères Bis­son, Nadar dans ses débuts — repose tech­ni­que­ment sur sa décou­verte.

2009 : naissance d’une journée mondiale

C’est l’ar­tiste amé­ri­cain Quinn Jacob­son, figure majeure du renou­veau inter­na­tio­nal du col­lo­dion, qui a l’i­dée. En 2009, il pro­pose aux pra­ti­ciens contem­po­rains de réa­li­ser tous le même jour une plaque, et de la par­ta­ger. Quatre-vingt-deux images sont pro­duites cette pre­mière année par des pho­to­graphes venus du monde entier. Le ren­dez-vous est pris : ce sera désor­mais le pre­mier same­di de mai, en écho à la date de la mort d’Ar­cher (1ᵉʳ mai 1857).

L’an­née sui­vante, le 1ᵉʳ mai 2010, Jacob­son ras­semble autour de lui un col­lec­tif inter­na­tio­nal — le Col­lo­dion Col­lec­tive — pour inau­gu­rer enfin une plaque com­mé­mo­ra­tive sur la tombe d’Ar­cher à Ken­sal Green. Une expo­si­tion iti­né­rante, « In Honour of Archer », accom­pagne l’é­vé­ne­ment. La BBC en parle. Une dette vieille de cent cin­quante-trois ans est par­tiel­le­ment réglée.

Depuis, le World Wet Plate Day est orga­ni­sé chaque année. La 17ᵉ édi­tion, en 2026, tombe le same­di 2 mai. Les images réa­li­sées ce jour-là sont dépo­sées sur la gale­rie col­lec­tive wetplateday.com — chaque par­ti­ci­pant verse lit­té­ra­le­ment son image dans un même grand bain par­ta­gé.

Le pho­to­graphe Quinn Jacob­son – ©Air Reserve Per­son­nel Cen­ter Public Affairs

Pourquoi cette journée nous touche

Le World Wet Plate Day n’est pas une com­mé­mo­ra­tion solen­nelle. C’est une fra­ter­ni­té de geste. Le même jour, à Tokyo, à Mexi­co, à Glas­gow, à Bel­le­ville, des pra­ti­ciens versent la même solu­tion siru­peuse — nitro­cel­lu­lose dis­soute dans l’é­ther et l’al­cool, addi­tion­née d’io­dures et de bro­mures — sur une plaque de verre ou de fer. Ils sen­si­bi­lisent au nitrate d’argent. Ils exposent. Ils déve­loppent. Et ils attendent l’ap­pa­ri­tion.

Le moment déci­sif. Contrai­re­ment à ce qu’on ima­gine sou­vent, l’i­mage en col­lo­dion humide n’ap­pa­raît pas dans le révé­la­teur. Elle appa­raît dans le fixa­teur — un bain de thio­sul­fate de sodium ou de cya­nure de potas­sium — qui dis­sout les sels d’argent non inso­lés. Le voile opaque s’ef­face, les contrastes émergent : l’i­mage se révèle d’un seul coup, en quelques secondes, comme une appa­ri­tion. C’est la spé­ci­fi­ci­té chi­mique et poé­tique de ce pro­cé­dé : l’ins­tant de la révé­la­tion est, lit­té­ra­le­ment, un ins­tant de dévoi­le­ment.

Ce moment — chaque pra­ti­cien du col­lo­dion le sait — ne vieillit pas. Qu’on en soit à sa pre­mière plaque ou à sa mil­lième, il y a tou­jours, devant le fixa­teur, ce léger arrêt du souffle.

Le thème 2026 : « Looking the other way »

Chaque édi­tion pro­pose un thème, libre à cha­cun d’en faire son inter­pré­ta­tion. Pour 2026, c’est : « Loo­king the other way » — regar­der ailleurs, regar­der de côté, le regard détour­né.

C’est une consigne ouverte, presque taoïste. On peut y voir un détour­ne­ment du regard fron­tal — celui des por­traits aca­dé­miques — au pro­fit d’un regard oblique, péri­phé­rique. On peut y entendre une invi­ta­tion à pho­to­gra­phier ce que l’on ne regarde habi­tuel­le­ment pas. On peut y lire, sim­ple­ment, le geste même du col­lo­dion : un pro­cé­dé qui regarde ailleurs que vers la faci­li­té numé­rique, qui prend son temps, qui choi­sit l’é­cart.

Qui participe ? Qui fait quoi ?

Le World Wet Plate Day est volon­tai­re­ment décen­tra­li­sé. Pas d’ins­crip­tion obli­ga­toire, pas de jury. Cha­cun orga­nise son temps comme il l’en­tend.

Cer­tains stu­dios ouvrent leurs portes au public, pro­posent des démons­tra­tions et tirent quelques por­traits. D’autres pro­fitent du jour pour pho­to­gra­phier leur entou­rage, leurs proches, leur ate­lier. D’autres encore se retrouvent à plu­sieurs autour d’un même bain, comme les pra­ti­ciens iti­né­rants du XIXᵉ siècle. Beau­coup, enfin, déposent à la fin de la jour­née une de leurs plaques sur la gale­rie com­mune, où l’on peut les contem­pler côte à côte — preuve visible que le col­lo­dion, décla­ré mort en 1880, n’a jamais ces­sé d’être vivant.

Au Studio Ambrotype & Co.

Le col­lo­dion humide est, depuis l’o­ri­gine, l’é­pine dor­sale du stu­dio. C’est par lui que tout passe — la pra­tique quo­ti­dienne, l’en­sei­gne­ment, la trans­mis­sion des autres pro­cé­dés.

Le 2 mai 2026, le stu­dio de Bel­le­ville sera, comme chaque année, en acti­vi­té. Une plaque sera réa­li­sée et ver­sée à la gale­rie col­lec­tive inter­na­tio­nale. C’est notre manière, modeste, de saluer Fre­de­rick Scott Archer — et tous les pra­ti­ciens, débu­tants ou aguer­ris, qui main­tiennent vivant ce geste de plus de 175 ans.

Pour aller plus loin


Découvrir le collodion humide en pratique

Le Stu­dio Ambro­type & Co. pro­pose des for­ma­tions d’i­ni­tia­tion et de per­fec­tion­ne­ment au pro­cé­dé du col­lo­dion humide, à sa pra­tique aca­dé­mique et à une démarche expé­ri­men­tale et contem­po­raine dans sa pra­tique.

For­ma­tions cer­ti­fiée Qua­lio­pi, éli­gible aux finan­ce­ments AFDAS et OPCO.

Toutes les ses­sions et ins­crip­tions : studio-ambrotype.com/stages/

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