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Bicentenaire de la Photographie : et si 200 ans d’histoire nous rappelaient que le médium n’a jamais été aussi vivant ?

Affiche du Bicentenaire : portrait ancien d'un enfant dont les yeux sont couverts de deux pastilles rondes formant le logo, avec le bandeau du ministère de la Culture

Le minis­tère de la Culture vient de dévoi­ler l’i­den­ti­té gra­phique du Bicen­te­naire de la Pho­to­gra­phie. Un logo­type-regard. Une ambi­tion en trois mots : « Célé­brer les regards ». Et une for­mule qui mérite qu’on s’y arrête : « la sin­gu­la­ri­té des approches et la mul­ti­pli­ci­té des pra­tiques pho­to­gra­phiques ».

On pour­rait sou­rire de voir une ins­ti­tu­tion aus­si cen­trale que le Minis­tère résu­mer en une phrase ce que des artistes, des pra­ti­ciens et des péda­gogues défendent depuis des décen­nies dans les marges de la pho­to­gra­phie domi­nante. Mais ce serait pas­ser à côté de l’es­sen­tiel : ce Bicen­te­naire, qui s’ou­vri­ra offi­ciel­le­ment le 1er sep­tembre 2026 pour durer jus­qu’en sep­tembre 2027, est une occa­sion rare de prendre la mesure de ce que la pho­to­gra­phie est vrai­ment deve­nue — et de ce qu’elle n’a jamais ces­sé d’être.

Ce que fête le Bicentenaire — et ce qu’il dit de notre époque

Entre 1826 et 1827, Nicé­phore Niepce obtient près de Cha­lon-sur-Saône la pre­mière image pho­to­gra­phique fixée dura­ble­ment sur une sur­face pho­to­sen­sible. Une hélio­gra­phie. Un pro­cé­dé chi­mique, une chambre noire, une lumière trop longue pour être arrê­tée par un obtu­ra­teur — plu­sieurs heures d’ex­po­si­tion pour figer l’ombre por­tée d’un toit.

Deux cents ans plus tard, c’est cette inven­tion que la France s’ap­prête à célé­brer avec le Grand Palais, le Centre Pom­pi­dou, des dizaines d’ins­ti­tu­tions pari­siennes et plus de 182 pro­jets déjà label­li­sés à tra­vers toute la France et dans plus de trente pays. Une mobi­li­sa­tion d’une ampleur inédite pour un médium que l’on pour­rait croire fami­lier — puisque tout le monde pho­to­gra­phie, tout le temps, avec le télé­phone qui ne quitte plus la poche.

Et pour­tant. Ce que le Bicen­te­naire révèle en fili­grane, c’est pré­ci­sé­ment l’é­cart ver­ti­gi­neux entre la pho­to­gra­phie-flux — ins­tan­ta­née, numé­rique, consom­mée et oubliée — et la pho­to­gra­phie-matière, celle qui prend du temps, qui implique des corps, des chi­mies, des sur­faces impar­faites et des résul­tats jamais garan­tis.

Le collodion humide, ou la photographie comme acte

Quand Méla­nie-Jane Frey crée le Stu­dio Ambro­type & Co. à Bel­le­ville, elle fait un choix déli­bé­ré­ment contre-cou­rant : se spé­cia­li­ser dans le col­lo­dion humide, un pro­cé­dé pho­to­gra­phique né en 1851 — à peine vingt-cinq ans après l’in­ven­tion de Niepce. Plaques de verre ou d’a­lu­mi­nium recou­vertes de col­lo­dion, bains de nitrate d’argent, expo­si­tion à la lumière, déve­lop­pe­ment immé­diat avant que l’é­mul­sion ne sèche. Un pro­cé­dé qui ne sup­porte aucune approxi­ma­tion, aucune cor­rec­tion numé­rique, aucun retour arrière.

Pré­ci­sé­ment parce que le col­lo­dion humide remet la pho­to­gra­phie là où elle est le plus puis­sante : dans la rela­tion directe entre la lumière, la matière et le regard du pho­to­graphe. Parce qu’il pro­duit des images qui portent leur propre his­toire dans leur tex­ture — les cou­lures, les bulles, les bords brû­lés ne sont pas des défauts, ce sont les traces visibles du pro­ces­sus.


« Célébrer les regards » : ce slogan nous appartient aussi

L’i­den­ti­té gra­phique du Bicen­te­naire, conçue par l’a­gence Cleo­bu­ro sous la direc­tion de Cléo Cha­ruet, est cen­trée sur un concept fon­da­teur : le regard. « La pho­to­gra­phie est la cap­ture d’un ins­tant d’ob­ser­va­tion », dit la desi­gner. « En une frac­tion de seconde, un clic, une pau­pière close, une pupille grande ouverte, elle sai­sit une image. »

Au Stu­dio Ambro­type, nous défen­dons cette idée depuis dix ans. Pas seule­ment avec le col­lo­dion humide, mais avec l’en­semble du champ expé­ri­men­tal : la cya­no­ty­pie sur verre, pierre, bois et tis­su ; les chlo­ro­phyll­prints, qui font de la pho­to­syn­thèse une chambre noire ; les phy­to­grammes ; les chi­mi­grammes ; les lumen­prints ; les water­grammes, les antho­types, les trans­ferts pho­to­gra­phiques, les émul­sions liquides sur bois ou pierre…


Ce que nous préparons pour le Bicentenaire

Cette année du Bicen­te­naire est une invi­ta­tion que nous ne pou­vions pas lais­ser sans réponse. Nous pré­pa­rons plu­sieurs évé­ne­ments au stu­dio — portes ouvertes, ate­liers de décou­verte, expo­si­tions. Les détails seront com­mu­ni­qués dans les pro­chaines semaines.

Mais le pro­jet le plus ambi­tieux que nous asso­cions à cette célé­bra­tion, c’est le Par­cours Expé­ri­men­tal — une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle conçue pour répondre à une ques­tion que beau­coup de pho­to­graphes se posent : com­ment pas­ser de la maî­trise ponc­tuelle d’un pro­cé­dé à la construc­tion d’une véri­table démarche artis­tique ?

Le Par­cours Expé­ri­men­tal, c’est dix mois de pra­tique inten­sive, qua­torze pro­cé­dés pho­to­gra­phiques alter­na­tifs abor­dés en pro­fon­deur, un sui­vi indi­vi­dua­li­sé à chaque ses­sion, et des inter­ve­nants spé­cia­listes de chaque tech­nique. Il débute le 26 sep­tembre 2026 — le mois de l’ou­ver­ture offi­cielle du Bicen­te­naire — et se déroule tout au long de cette année de célé­bra­tion natio­nale.

Nous pen­sons qu’il n’y a pas de meilleure façon de fêter 200 ans de pho­to­gra­phie que de pas­ser un an à explo­rer la mul­ti­pli­ci­té de ce qu’elle sait faire.

Une célébration, pas une nostalgie

Il faut le dire clai­re­ment : le retour aux pro­cé­dés anciens n’est pas un mou­ve­ment nos­tal­gique. Les artistes qui tra­vaillent au col­lo­dion humide, à la cya­no­ty­pie ou au chi­mi­gramme aujourd’­hui ne tentent pas de repro­duire le XIXe siècle. Ils uti­lisent des lan­gages nés il y a 150 à 180 ans pour dire des choses que les lan­gages numé­riques ne peuvent pas dire — ou pas de la même façon. Ils choi­sissent déli­bé­ré­ment l’im­per­fec­tion, la len­teur, la résis­tance de la matière comme condi­tions de pro­duc­tion d’un sens que la per­fec­tion numé­rique effa­ce­rait.

La pho­to­gra­phie, comme tous les autres médiums, n’est pas condam­née à se dépas­ser elle-même. Elle peut aus­si se rap­pe­ler à elle-même.

Pho­to­gra­phie ©Méla­nie-Jane Frey

Niepce, 200 ans après

Quand Nicé­phore Niepce a expo­sé sa pre­mière plaque pen­dant plu­sieurs heures pour obte­nir Le Point de vue du Gras, il ne savait pas qu’il inven­tait l’une des formes d’ex­pres­sion les plus démo­cra­tiques et les plus uni­ver­selles de l’his­toire humaine. Il cher­chait sim­ple­ment à fixer la lumière sur une sur­face.

Deux cents ans plus tard, des pra­ti­ciens dans le monde entier conti­nuent de cher­cher la même chose — avec d’autres chi­mies, d’autres sup­ports, d’autres inten­tions, mais le même émer­veille­ment fon­da­men­tal devant ce qui se pro­duit quand la lumière ren­contre une sur­face sen­sible.

Au Stu­dio Ambro­type, nous pen­sons que cet émer­veille­ment est une res­source inépui­sable. Et que le Bicen­te­naire est une occa­sion magni­fique de le par­ta­ger avec le plus grand nombre.

Pho­to­gra­phie ©Méla­nie-Jane Frey
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